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VOLCAN TUNGURAHUA

5 023 m d'altitude

Equateur août et septembre 2006



Le volcan Tungurahua qui domine la ville touristique de Baños, est un statovolcan parmi les plus actifs de l'Equateur. Il se situe à environ 140 km au sud de la capitale Quito. Le Tungurahua, qui veut dire "Gorge de feu" en langue Quechua, connaît une période éruptive de retour en moyenne tous les 80 à 100 ans environ. 
En se penchant sur son histoire on apprend que le Tungurahua a connu deux éruptions en 1773. Une première en février fut certes, petite mais annonciatrice de la suivante qui se produisit deux mois plus tard. En effet, le 23 avril une éruption plinienne débuta accompagnée par des nuées ardentes et de nombreux lahars. Au cours de cette éruption, la ville de Baños a été détruite. La ville fut reconstruite au même endroit peu après.
En 1886 s'est produit une autre éruption comparable à celle de 1773. En effet, en janvier 1886 après quelques signes précurseurs en octobre 1885, une formidable colonne de cendres et de fragments de ponces provoqua l'obscurité pendant trois jours. L'effondrement de la colonne engendra la propagation de nuées ardentes sur les flancs du volcan. Un barrage naturel se forma sur le rio Pastaza et donna naissance à un lac de 7 km de long.

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Versant ouest du volcan depuis le village de Cotalo
(Photo : André Laurenti)

Eruption 1999 - 2006...
Alors qu'il était absolument calme depuis 1925, le volcan est à nouveau entré dans une phase active en août 1999 entraînant le 15 octobre l'évacuation des 20 000 habitants de la ville de Baños et de ces environs . L'activité s'est poursuivie à un niveau moyen jusqu'en mai 2006, puis elle s'est considérablement accrue avant de connaître de nouveaux paroxysmes qui se sont traduits par de violentes éruptions le 14 juillet et le 16 août 2006.
Depuis qu'il est en activité le glacier sommital a presque entièrement disparu, il en reste une petite partie uniquement sur son versant est.

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Eruption du Tungurahua en novembre 1999
(Photo : Jacques Marie Bardintzeff)


Au court de la semaine 33 le volcan Tungurahua a connu une augmentation de son activité sismique. Pendant cette période un plus grand nombre d'événements explosifs se sont produits augmentant aussi le niveau d'énergie libérée. Ce regain d"activité a mis en alerte les populations locales des lieux proches situés sur les flancs du volcan. Les cantons de : Pelileo, Baños, Quero, Mocha et Tisaleo de la province de Tungurahua, mais aussi le canton de Penipe dans la province de Chimborazo ont subi d'importants dégâts.

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Les collines situées en face, à l'ouest du volcan sont couvertes de cendres
(Photos : André Laurenti)

L'éruption du 16 août, la plus violente depuis la nouvelle phase d'activité de 1999, s'est accompagnée d'une colonne de cendres de 10 km de haut, qui s'est répandue sur une aire de 740 km de long par 180 km de large, soit sur plus de 133 000 km2. L'effondrement de la colonne provoqua la propagation de nuées ardentes dans 16 vallons situés sur le flanc ouest et nord-ouest du volcan et ont atteint les Rios Chambo et Pastaza coupant ainsi la route de Riobamba à Baños. Cet excès de colère du Tugurahua causa la mort de 5 personnes et la destruction de plusieurs hameaux. Cette éruption a provoqué une pluie de graviers et de pierre ponce qui a commencé à 20 h 00 mercredi 16 août et s'est poursuivi jusqu'au lendemain à 3 h 00 soit pendant 7 heures. Certains projectiles avaient la taille d'une balle de ping pong. Trois cent cinquante têtes de bétail ont péri en consommant l'herbe contaminée et 20 000 hectares de cultures ont été endommagés, plusieurs centaines de personnes ont été évacuées. L'état d'urgence a été décrété dans les quatre provinces touchées par les coulées pyroclastiques.

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On distingue au fond de la vallée la petite ville de
Baños , au premier plan la trajectoire de la coulée
pyroclastique qui est descendue jusqu'au rio Pastaza. On devine en blanc, la route provisoire
qui a été refaite par dessus les matériaux encore chauds du volcan.
(Photo : André Laurenti)

Visite des lieux :
Treize jours après l'éruption, le mardi 29 août au soir, Alain, Martine, Jean-François, Juliette, Olivier et moi même arrivons à Baños . Durant le trajet en bus qui nous conduisait de Latacunga à Baños nous avons été surpris d'apercevoir à notre droite le Chimborazo sans neige. Le glacier n'avait pas disparu mais il était recouvert d'une épaisse couche de cendres. Assis à l'avant du bus, Jean-François et moi même tentons de faire quelques photos mais ce n'est pas chose facile. Soudain, à la sortie d'un virage le Tungurahua se dévoile, on distingue le cratère et un petit panache de dégazage mais tout sera rapidement enveloppé de nuage. Sur le sol les premières traces de cendres apparaissent. Après le franchissement du rio Chambo par le pont de "las Juntas" la route s'élève au dessus d'une parois constituée d'orgues basaltiques probablement la base du volcan. Un fois sur le replat  aux environs de "los Pajaros" nous sommes sur le flanc nord ouest du Tungurahua. Bientôt le goudron s'interrompt sur plusieurs centaines de mètres, une coulée pyroclastique est passée par là, détruisant tout sur son passage brûlant et torsadant les arbres avant de finir sa course dans le rio Pastaza. Le chemin est chaotique et le bus avance dans un nuage dense de poussière grise. Puis nous atteignons enfin la petite ville de Baños épargnée par ce déferlement de feu.
Avant de quitter la France j'avais auprès d'Olivier Méric notre accompagnateur, exprimé le souhait de visiter la zone affectée par la récente éruption. Avant notre arrivée en Equateur Olivier avait pris contact avec les guides de Baños si bien que tout était fin prêt pour partir sur le terrain dès le lendemain.
Angel le chauffeur et guide de montagne dans la station touristique, a prévu deux véhicules 4 x 4, l'un pour tirer l'autre au cas ou l'on aurait des difficultés.
C'est le départ et malheureusement le temps n'est pas favorable, il ne pleut pas mais le volcan n'est pas visible. Depuis la localité de Pelileo, nous parcourons en premier les collines situées à l'ouest du volcan, un paysage de campagne qui s'est trouvé sous la trajectoire du panache de cendres. Dans les rues de Quero situé à 3000 m d'altitude les habitants ont entreposé des sacs de cendres. Les "campesinos" les utiliseront plus tard comme engrais naturel pour doper les potagers et les champs.

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La végétation est couverte de cendres, une poudre extrêmement fine qui s'envole
en remuant à peine les branches.
(Photo : André Laurenti)

A Jaloa la Playa, les premiers dégâts apparaissent, la toiture de la maison commune s'est effondrée par le poids des cendres. Les habitants nous ont raconté que durant la nuit de l'éruption on entendait des craquements sinistres, celui des branches qui cassaient. La population a été réunie sur le terrain de foot pour bien définir les tâches de chacun. La priorité a été de nettoyer les accès, couper les branches et dégager les arbres tombés principalement des eucalyptus et quelques pins. Puis dans les cultures les paysans ont pris le soin de secouer chaque plante pour en faire tomber la cendre. Durant la semaine après l'éruption la pluie est venue en aide et a terminé ce travail.

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Dans le village de Jaloa la Playa, le toit de la maison commune s'est effondré sous le poids des cendres
(Photos : André Laurenti)

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Le paysage a changé de couleur, beaucoup de serres ont été endommagées par l'accumulation de cendres
(Photos : André Laurenti)

Un peu partout les bâches en plastique qui entourent les serres, se sont éventrées et déchirées. Nous traversons les petites localités de San Pedro de Galent, Santa Fé de Galent et San Jose de Chase avant d'entamer une descente abrupte par les crêtes.
Au fond de la vallée nous traversons le Rio Chambo puis quelques kilomètres plus loin nous atteignons le village de Palictahua. C'est à cet endroit ou l'on déplore les cinq victimes. Un camion chargé de vivres, de vêtements et d'aliments pour bétail, stationne sur la place. La protection civile aidée par les Miss
 de la région font la distribution aux plus nécessiteux.
Au nord de ce village le rio Puela descend de la montagne, en amont de ce Rio et sur sa rive droite, le vallon Mapayacu provenant du volcan débouche perpendiculairement. Lors de l'éruption du 16 août, une coulée pyroclastique est descendue par ce vallon et a complètement obstrué le rio Puela en créant un véritable barrage. Aussitôt l'eau s'est mise en charge et a fini par faire céder les matériaux, la masse d'eau libérée a détruit un pont et quelques maisons. Malgré les interdictions, deux personnes ont été tuées en voulant à tout prix récupérer leur poste de télévision.

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Une coulée pyroclastique est descendue par le vallon Mapayacu situé en amont du village, et a totalement obstrué le rio Puela faisant barrage. Sous le poids de l'eau, le barrage a cédé provoquant des dégâts en aval.
(Photos : André Laurenti)

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En aval un pont a été détruit (photo de gauche) à droite et en dessous plusieurs habitations du
village
de Palictahua
ont été endommagées.
(Photos : André Laurenti)

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Malgré les interdictions, deux personnes ont péri en voulant à tout prix récupérer leur poste de télévision.
(Photos : André Laurenti)


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Le passage des flots a mis à jour la technique de construction adoptée dans ce village. Il s'agit d'une technique ancienne  préhispanique "bahareque y cangahua" réalisée à l'aide de pierre liaisonnée avec soit des excréments d'animaux soit de la boue, le tout mis en remplissage entre une armature de bois. Cette technique sismo-résitante est de plus en plus remplacée par des constructions en structure béton armé dont la qualité des matériaux n'est pas toujours bonne.
(Photos : André Laurenti)


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A Palictahua les Miss de la région et la protection civile distribuent des vêtements et de vivres aux plus nécessiteux
(Photos : André Laurenti)

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Nous poursuivons notre visite à nouveau en face du volcan sur la rive gauche du rio Chambo. Nous traversons les localités de Caguaji, Pillate et Cotalo puis la piste devient étroite, elle s'élève et passe sur une corniche vertigineuse qui surplombe le rio de 400 à 500 m avec parfois des dévers pentés vers le précipice. Partout la végétation est encore grise de cendres, de nombreuses branches sont cassées et les taillis sont écrasés par cette fine poussière qui s'est cimentée formant une sorte de gangue sous l'effet de la pluie. Les différents arrêts permettent d'avoir une vue d'ensemble sur l'étendue des dégâts, les flancs ouest et nord-ouest ont été principalement touchés. La route de Riobamba à Baños est complètement détruite par le passage des nuées ardentes, la plupart des ponts ont été détruits. De nombreuses maisons se trouvent dans cette zone dévastée notamment le village de Puela. Tout en bas le rio est encore boueux et par endroit au contact de l'eau, les matériaux incandescents qui s'éboulent depuis les berges, font s'élever des écharpes de vapeur.

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Sur le flanc ouest du volcan, des hameaux ainsi que la route de Riobamba à 
Baños ont été détruits.
(Photos : André Laurenti)

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Sur le flanc ouest du Tungurahua partout c'est la désolation. Sur la rive gauche du rio Chambo en face du volcan des matériaux encore chaud s'éboulent dans le torrent.
(Photos : André Laurenti)

Au détour d'un virage sur un belvédère remarquable, nous faisons la rencontre d'une équipe de spécialistes de l'Instituto Geofisico. Parmi eux figure M. Claude Robin de l'Institut de Recherche pour le Développement (I.R.D.) de Clermont Ferrand. Il est accompagné par un assistant équatorien et de trois autres personnes.
Claude Robin est très satisfait du résultat et de l'excellent  travail des autorités locales. En effet, la population a été évacuée seulement deux heures avant l'éruption, un véritable succès.
Toutefois Claude Robin reste inquiet, le volcan est certes calme pour l'instant, mais une éruption peut encore se produire dans les jours à venir. La population de Baños ne veut pas entendre parler de l'Instituto, le 16 août la plupart des personnes sont restées au village car en octobre 1999, ils ont été évacués et le village n'a pas été touché. Désormais ils font confiance en la Madone édifiée juste au dessus du village et cela malgré qu'une nuée ardente soit descendue dans un vallon qui débouche juste à l'entrée du village à l'ouest et qui a stoppé sa course en amont un kilomètre avant le village.
Il ne faut pas oublier que la terre est la seule garante de notre vie et de notre survie, elle peut en rien de temps condamner tous nos efforts et toutes nos prouesses technologiques et nous priver de lendemain.

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Au nord du volcan, en aval de 
Baños sur le rio Pastaza, les vannes du barrage sont ouvertes pour laisser s'écouler l'eau encore boueuse. Sur la photo de droite on distingue en arrière plan la partie ouest du volcan dévastée par l'éruption.
(Photos : André Laurenti)


Pour l'heure des mesures vont être prises. Elles semblent s'orienter vers une extension de la zone du parc existant du Tungurahua qui désormais, engloberait les hameaux et maisons isolées touchés par l'éruption. Cette décision entraînera une délocalisation des habitants concernés, ce qui risque de poser des problèmes suivant les lieux où il seront relogés.

Actuellement le volcan maintient un niveau de faible sismicité. Cette activité séismique a des hypocentres superficiels et les émissions de SO2 mesurées montre une diminution par rapport aux jours précédents, elles sont redescendues à une moyenne de 600 tonnes par jour. L'Instituto Geofisico met toutefois en garde sur les risques de lahars que pourraient occasionner de fortes pluies.


Carte

Carte approximative des lieux avec la direction des nuées ardentes en rouge
(Cartographie : André Laurenti)



Sources documentaires :
- Barois Patrick, Bardintzeff Jacques-Marie et Gaudru Henri (pages 12 et 13)
avec un complément page 14 de :
- Bessard Yves. - Mahoux Gilbert. - Pothé Frank. (Terra Incognita) articles publiés dans la Revue de l'Association Volcanologique Européenne N°82 de décembre 1999
- Rosi, Papale, Lupi et Stoppato
ouvrage intitulé "Guide des Volcans" des éditions Delachaux et Niestlé.
- Wikipedia encyclopédie
- Les dossiers thématiques de l'I.R.D. - "Volcans magiques et fascinants"
- Las grandes erupciones del Tungarahua

Remerciements :
- A Jacques-Marie Bardintzeff
professeur au Laboratoire de Pétrographie-Volcanologie, de l'Université Paris-Sud à Orsay., pour ses conseils très utiles.
- A Claude Robin de l'I.R.D. rencontré par hasard sur les lieux pour nous avoir accordé quelques instants et fournis des informations complémentaires sur l'éruption.
- Au très dynamique Olivier MERIC pour avoir eu l'amabilité d'organiser la visite de la zone sinistrée, voici également son site internet :
http://chimbonino.neuf.fr
- A Angel guide à Banos pour toutes ces précieuses explications
- Grand merci à toute l'équipe de Don Pépé.



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